Solitude Cinématographique -2: Drive.

Encore une fois, je le sentais moyen.

Un film d’action, à la base, mouaif.

Mais bon, on me l’a vendu en m’assurant que ce n’était pas QUE un film d’action.

Par curiosité, je me suis laissée convaincre. Et aussi parce que la critique sur le site où j’en publie était déjà faite.  Je sentais d’avance le terrain glissant, la flaque d’huile sur la route, le crash possible si j’avais dû en prendre la responsabilité.

Cette critique est élogieuse, certes, mais ne semble pas excessive par rapport à ce qui se lit sur Drive. De nombreuses personnes sont enthousiastes, certaines souhaitent voir le film plusieurs fois. Récompensé à Cannes par le Prix de la mise en scène, le film de Nicholas Winding Refn est généralement salué, pour sa mise en scène donc, et aussi pour la performance de ses acteurs, le beau-gosse-à-l’américaine Ryan Gosling en tête.

Voilà pour le contexte.

Aussi, amis lecteurs, je me sens très seule aujourd’hui.

Car pour moi, Drive est carrément LE film surestimé de l’année 2011.


Voilà. Il est important de voir ceci. Parce que, autant le savoir: comme une animatrice de supermarché nous ferait goûter un savoureux gruyère en omettant de nous montrer le produit complet, composé de à 90% de trous, l’intrigue du film se trouve intégralement dans cette bande-annonce.
L’essentiel des scènes un minimum punchy également. Ceux qui m’avaient dit que ce n’est pas qu’un film d’action ne m’ont pas vraiment trompée: ce n’est même pas un film d’action. Ou plutôt, eu égard aux deux-trois scènes « ultraviolentes » qui ont d’ailleurs pu être critiquées mais qui ont le mérite de réveiller le film – et le spectateur, on peut dire que Refn a inventé un nouveau genre: le film d’action mou du genou. Et, accessoirement, pas uniquement du genou.

Pendant tout le film, Ryan Gosling trimballe sa dégaine de James Dean des minikarts en jouant principalement sur deux expressions: l’impassibilité et l’état d’alerte, soit une palette de jeu encore moins étendue que celle de Mélanie Laurent. Si l’on doit admettre que cette incarnation blonde de Ken-chauffeur de Mustang est assez décorative, la sensualité fait cruellement défaut à ce personnage « épuré ». La critique saluant unanimement sa classe nonchalente, il est à craindre que sa veste en polyester doré brodé d’un scorpion d’or ne devienne LA veste  à la virilité douteuse que les hommes d’aujourd’hui rêveront secrètement de porter – à l’instar du manteau en poil de dahu porté par Brad Pitt dans Fight Club.

Le nouveau must-have de chez le Chinois, automne-hiver 2012.

Bientôt disponible partout à Belleville.

L’inaction se déroule à Los Angeles. Ryan incarne donc un mec qui conduit bien.  On ne connaît pas son nom, ce qui est supposé l’entourer d’un halo de mystère, et ajoute encore un peu à son inconsistance, si c’était possible. Le jour, il est cascadeur et mécano. Comme il est sous-payé (homme moderne, on a dit), la nuit, il conduit pour des braquages. Avec des gants, comme tout Américain qui se la pète parce qu’il sait manoeuvrer une non-automatique.
Un jour, il fait connaissance de sa voisine Irène (Carey Mulligan, qui s’en sort le mieux dans cette galère) qui lui offre un verre d’eau. Au moyen de gros plans sur son visage à lui, puis à elle, puis à lui (non, ce n’est pas Bref, c’est même trèèès lent), on comprend que Ken-chauffeur tombe amoureux.

Mais, voilà: elle est mariée à un taulard qui sort rapidement. Celui-ci a de grosses embrouilles avec des types de la prison à qui il doit de l’argent. Notre ami accepte de lui donner un coup de main, ou de volant, sur un braquage censé éponger ses dettes.
Mais le plan tourne mal.

A partir de là, l’hémoglobine arrive et vient sortir le spectateur de l’état de léthargie dans lequel l’a plongé la scène du verre d’eau. Ou de la salle, c’est selon. Ils furent quelques-uns, ce jeudi, à ne pas s’éterniser sur le bord de la route.
Bref, il s’avère que les commanditaires du braquage raté sont de gros méchants qui ont voulu le doubler. Dans le rôle du très très gros méchant, Ron Perlman, sorte de Jean-Pierre Castaldi sous stéroïdes s’étant illustré dans La Guerre du feu, La Cité des enfants perdus et Le Nom de la rose.

Notre héros monotâche se retrouve bientôt, pour protéger Irene (dont il obtiendra moins qu’un héros des Beaux Gosses), plus ou moins contraint à buter tout le monde. Ce dont il s’acquitte consciencieusement, dégueulassant sa jolie veste dorée à coups de traces de sang qu’il garde sur lui plusieurs jours de suite – à se demander si il n’y a vraiment aucune laverie, à LA.

Vers la fin, se retrouvant avec un million de dollars, sa bagnole intacte, la voisine  à peu près conquise et la voie libre, au lieu de tracer vers le Mexique en embarquant cette jolie cargaison, il passe un coup de fil au dernier malfrat en vie pour négocier avec lui.

Evidemment, le film se termine dans le sang et les dollars morts se ramassent à la pelle sur le trottoir de la cité des Anges.

Fin, et générique en police cursive rose fushia, disponible sur Windows 98.

Poor lonesome driver.

Cette police-là.

Alors, oui, on peut saluer le montage et la mise en scène. Un peu arty, un peu drama mais finalement, surtout, très poseurs, ces éléments pourraient être efficaces, si seulement il y avait quelque chose à mettre en scène. C’est beau comme un atelier montage de la MJC du onzième arrondissement. Le cours du dernier trimestre de l’atelier cadrage, lui, devait porter sur l’art de la contre-plongée, tant les narines de notre Chevalier Doré sont fréquemment mises ainsi en valeur.

La bande-son séduit, également. Certes d’excellente facture sur le plan technique, à l’instar de la photographie, on peut toutefois s’étonner d’un côté electro-pop plutôt marqué dans le choix des titres de la BO. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça ne suinte pas le cambouis; apparemment, la nouvelle virilité sera chez Moune après les heures de service, ou ne sera pas.

Accordons également, à cette série B de luxe , de superbes scènes de poursuite. Ce qui reste tout de même le minimum syndical que l’on est en droit d’attendre d’un film appelé « Drive« .

Ryan Gosling, qui a porté le projet en imposant Nicholas Winding Refn à la réalisation et en décidant – le flemmard – de supprimer des lignes de dialogue à son personnage pour en épaissir le mystère – la seule épaisseur à laquelle il peut prétendre, notez bien -, fait la une des médias, spécialisés ou non. J’ai même pu lire à son sujet : LA PERFECTION AU MASCULIN.
Bien vu: on assiste effectivement à une sorte de pub Gillette d’une heure et demie -encore que certaines pubs Gillette soient bien plus hot.
Et là où l’on salue partout l’hommage à l’esthétisme des années 70 et 80, me vient une pensée émue pour una autre « faiseur », Tarantino, décrié pour cette même propension à remixer les codes visuels de série B de ces années-là « sans rien inventer »: convenons que lui, au moins, le fait avec humour – une qualité dont Drive, qui prête pourtant parfois à rire, est totalement dépourvu.

Refn, lui, « invente » un hybride aussi réussi que la sirène de Magritte : simpliste comme un film d’action, chiant comme un film d’auteur; une prouesse en vérité.

Enfin, voilà.

Je me sens très, très seule.

Les gens comme moi existent-ils? Probablement. Mais à l’heure où je conclus cette critique, qu’il me faudra, je le sais, assumer, le seul que je connaisse se bat à coups d’e-mails diplomatiques pour préserver ses amitiés. Courage à lui. Qu’il considère, s’il le souhaite, ce blog comme une cellule de soutien, dans les commentaires duquel j’invite d’ailleurs toute personne dans notre délicate situation à se réfugier. Un peu comme un village d’intouchables.

Attendant le pogrom avec fatalisme, je laisse tout de même aux fans cette petite vidéo qui ne manquera pas de les réjouir, et les amadouera, adoucissant leurs sentiments vindicatifs à mon égard.
Ou pas.

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6 réflexions sur “Solitude Cinématographique -2: Drive.

  1. Je suis ravie de ton article, Julie, parce que c’est tout ce que j’ai ressenti, sans toutefois pouvoir le verbaliser. J’ai tout de même une petite pensée pour Bryan Cranston, le père de Malcolm dans ma cultissime série « Malcolm in the Middle » que j’ai mis du temps à reconnaître. Quant aux scènes de « drive » impressionnantes, elle ne se résume pour moi qu’à la première scène. Quant à la scène de la noyade masquée, je t’avouerai que je suis restée perplexe. Je savais que ce masque allait revenir mais c’était tout de même totalement inutile.

  2. Merci pour cette critique…

    Je précise, je suis pourtant un spectateur assez ouvert, pouvant apprécier les films d’action efficaces comme les films d’auteur.
    Mais là… ce n’est aucun des deux. Le film ressemble plus à un clip branché, avec certes de jolis mouvements de caméra mais sans aucun sens, le tout dénué de tout fond, et les personnages de toute profondeur.

    Le scénario tient en trois lignes, comme les dialogues d’ailleurs. Mais enfin ce n’est pas forcément un problème en soit.

    Le problème, c’est que les personnages et les situations, qui semblent prometteurs au début, se résument à des clichés
    ambulants (le vieux routard qui a dû abandonner la course suite à un accident, l’ami innocent qui se fait tuer par le méchant très méchant, la pauvre fille esseulée en mal d’amour, le mafieux très méchant et même un peu sadique).
    J’ai eu une pensée émue pour le génial Bryan Cranston réduit à néant par ce rôle ridicule et caricatural.

    Au final, ça m’a fait penser à une version stylée de « Jours de tonnerre » (l’action et les courses en moins bien sûr).

    Mention spéciale à Ryan Gossing, inexpressif à souhait. J’ai attendu pendant tout le film qu’il se réveille, mais même les scènes violentes ne parviennent pas à le racheter ni à convaincre plus.
    Depuis j’ai vu « Les marches du pouvoir », et si… en fait, il sait jouer la comédie. Pour « Drive », il ne devait juste pas être au courant que ça tournait…

  3. @eleonorebridgee : +1 !

    Bravo pour la critique, bien écrite et réaliste. Tu as mis des mots sur ce que je n’avais pas su analyser aussi précisément :

    « Refn, lui, “invente” un hybride aussi réussi que la sirène de Magritte : simpliste comme un film d’action, chiant comme un film d’auteur; une prouesse en vérité. » Et bim.

  4. Pingback: Antégoblogging. « Soyons désinvoltes…

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